Sourou : La « janviose », une réalité économique douloureuse après les fastes des fêtes de fin d’année

Sourou : La « janviose », une réalité économique douloureuse après les fastes des fêtes de fin d’année

Chaque année, le mois de janvier marque un retour à la réalité financière souvent brutal pour de nombreux salariés. C’est la période dite des « vaches maigres ». Dans la province du Sourou, à Tougan, ce phénomène, affectueusement surnommé la « janviose », est une épreuve économique bien réelle, comme en témoignent les observations faites sur place ce mardi 20 janvier 2026.

 

Le constat est unanime : la frénésie des dépenses liées aux célébrations de Noël, du Nouvel An et du 1er janvier laisse un vide conséquent dans les portefeuilles des ménages.

 

Des dépenses festives au resserrement de la ceinture

 

Pour Fati Zerbo, enseignante, la transition est abrupte. « La période actuelle est vraiment difficile. Les ressources manquent énormément. Comme on dit, après la fête, c’est la défaite », confie-t-elle.

 

Son collègue Bakary Zerbo précise que le choc est particulièrement vif pour ceux dont les revenus dépendent exclusivement d’un salaire mensuel. « Ceux qui vivent aux dépens de leur salaire, lorsqu’ils investissent tout leur salaire de décembre dans les fêtes, il est évident que la période de janvier sera synonyme de difficultés », explique-t-il.

 

Ahmed Dambré partage ce point de vue, soulignant le piège de la surconsommation festive : « On parle souvent de ‘janviose’ parce que la plupart du temps, on a tendance à bien fêter en fin d’année. Après, on se retrouve à ne pas pouvoir joindre les deux bouts. On a dépensé presque tout notre argent lors des fêtes. Tenir jusqu’au mois prochain n’est pas simple du tout. »

 

L’impact sur l’économie locale et les commerces

 

Le phénomène ne touche pas uniquement les ménages ; l’économie locale ralentit visiblement. Thomas Paré, gérant du maquis « La Référence » de Tougan, observe une baisse significative de l’affluence : « Depuis un moment donné, nous avons constaté qu’après les fêtes, les choses ne bougent plus comme avant. Il n’y a plus d’affluence. Les gens ont fêté. Actuellement, il est un peu difficile de retrouver l’argent pour consommer comme ils le veulent. »

 

Une question de gestion ou de fatalité ?

 

Si la majorité s’accorde sur la difficulté de la période, un travailleur anonyme offre une perspective différente, y voyant davantage un problème de gestion personnelle qu’une fatalité cyclique.

 

« ‘La janviose’, c’est une période inventée, ce n’est qu’un concept pour justifier le fait qu’après la fin de l’année, le mois qui suit, on n’arrive pas à subvenir à nos besoins. On est fauchés tout simplement, parce que les gens ont eu à fêter avec leurs sous. Même si certains n’ont même pas pu fêter, ils vont accuser leur galère par cette histoire de ‘janviose’ », avance-t-il.

 

La prévoyance comme solution

 

Face à ces difficultés récurrentes, les citoyens de Tougan s’accordent sur une solution principale : la prévoyance. Luc Drabo insiste sur l’importance de l’organisation et de la modération.

 

« Tout dépend de l’organisation. Souvent nous sommes à l’origine de nos problèmes : trop de nourriture qui reste, on investit trop sans tenir compte vraiment du sens de cet événement. Après la fête, la vie continue », rappelle-t-il.

 

Quoi qu’il en soit, la résilience et la solidarité restent les valeurs qui caractérisent les populations de cette partie du Burkina Faso pour traverser ces semaines délicates.

 

Ambroise Ki/Colombe Média

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