Fosse d’aisance : Qui chie, qui paye ? La loi répond !
Dans nos villes comme dans nos quartiers populaires, il existe un sujet qui fait éclater des rires mais aussi des colères, qui anime les causeries de kiosques et envenime les relations dans les cours communes. Qui doit vider les fosses d’aisance ? Derrière cette question en apparence banale se cache un véritable champ de bataille entre bailleurs et locataires où se mêlent ignorance de la loi, rapports de force et enjeux d’hygiène publique.
La réponse du droit est claire. La loi n°103-2015/CNT sur le bail d’habitation privée et le Code civil burkinabè ne laissent aucune place au doute. L’article 15 de la première stipule que le bailleur doit assumer les grosses réparations et les entretiens qui garantissent l’usage normal du logement. Quant à l’article 1756 du Code civil, il est catégorique : « Le curement des puits et celui des fosses d’aisance sont à la charge du bailleur s’il n’y a clause contraire. »
En d’autres termes, sauf stipulation explicite dans le contrat, c’est bien au propriétaire de s’acquitter de cette obligation. Les sommations faites aux locataires de cotiser pour la vidange n’ont donc aucun fondement juridique. Pourtant, dans la pratique, beaucoup de bailleurs imposent cette dépense à des familles déjà fragilisées économiquement, jouant sur leur méconnaissance de la loi ou leur peur de l’expulsion.
Il y a derrière ce débat une question plus large, celle du droit à un logement décent. Une maison ne se résume pas à ses murs et à son toit. Elle englobe aussi l’accès à des sanitaires salubres, condition essentielle à la santé publique et à la dignité humaine. Or, refuser de vidanger une fosse d’aisance, c’est exposer des familles entières à des maladies, c’est polluer l’environnement immédiat, et c’est miner la cohésion dans la vie communautaire.
Au-delà du face-à-face bailleur-locataire, ce sujet interpelle l’ensemble de la société. Il révèle un tabou culturel, parler des toilettes reste gênant, on en rit plus qu’on en débat. Pourtant, ce sont elles qui garantissent silencieusement l’hygiène et la décence de notre quotidien. Les nier, c’est fragiliser les bases mêmes de la santé publique.
Dès lors, que faire ? La loi fixe le cadre, mais il reste à renforcer son application. Trois pistes s’imposent.
D’abord, l’information et la sensibilisation. Les locataires doivent connaître leurs droits pour ne plus céder à des injonctions abusives. Les associations de défense des consommateurs et les médias ont un rôle important dans cette éducation citoyenne.
Ensuite, la contractualisation claire. Trop souvent, les baux se signent oralement ou sur des feuilles griffonnées. Généraliser les contrats écrits et encadrés permettrait de préciser noir sur blanc les obligations de chaque partie et de prévenir les litiges.
Enfin, l’implication des municipalités. La gestion des déchets humains et des fosses d’aisance dépasse l’échelle d’une seule cour. Les mairies devraient accompagner par des services de vidange accessibles, subventionnés ou mutualisés afin de soulager à la fois locataires et propriétaires et de protéger la santé publique.
Car au fond, cette querelle juridique sur « qui doit payer la vidange » cache une urgence collective, celle d’améliorer la salubrité urbaine dans un pays en pleine croissance démographique.
Alors, la prochaine fois qu’un Ladji dira, sourire en coin : « Ce n’est pas moi qui chie dedans », répondez-lui que le débat n’est pas une affaire de tripes mais de droit, de santé et de dignité. Et que dans ce domaine, la loi, la société et l’humanité attendent de lui plus qu’un bon mot, elles attendent sa responsabilité.
✍🏾Franck Olivier/Colombe média
